On peut comprendre "l'Etat de santé" mentale de nos sociétés (psyché collective) en scrutant les réactions étatiques face aux crises. La manière que nous amputons systématiquement les budgets dans le domaine de la psychiatrie en France est un bel exemple. La façon dont on laisse les «anciens» mourir dans la solitude ordinaire est un symptôme aigu.
PSYCHIATRIE, QUAND TU TE MEURS
Notre système de santé est directement lié aux conditions économiques. En France, dans les métiers de la psychiatrie, les vocations se font de plus en plus rares. Il ne reste que 7.500 psychiatres. Le dernier congrès des psychiatres français a été l'occasion de diffuser la détresse des professionnels de la santé mentale.
Car voilà que nous adoptons, une fois n'est pas coutume, un système américain. Nous savons combien les Américains sont la pointe en matière de recherche et d'innovation. Dans le domaine de la santé mentale, la méthode américaine a donc franchi l'Atlantique depuis des lustres pour s'installer durablement en Italie ou en France. La question n'est sur la diabolisation de certains systémes "métriques", mais de connaître les enjeux face aux forces en présence :
- En psychiatrie, les Américains évaluent l'état de leurs patients en ... cochant des petites cases (le DSM-III, IV etc...). Ils répertorient les névroses des malades de manière froide et peu flexible. Cette méthode quasi idéologique oppose les les Thérapies Comportementales et Cognitives aux méthodes psychothérapeutiques plus classiques.
- Deuxième grande théorie américaine, les malades guériront au contact des autres. Pour des raisons souvent économiques, les patients des hôpitaux psychiatriques sont donc livrés à un environnement ouvert et souvent trop abrupte. Question de lits et de budget.
En Italie, il y a quelques semaines de ça, le scandale est venu de cet homme fraîchement sorti d'un hôpital psychiatrique et qui a tout simplement massacré certains semblables. Un exemple ne prouve rien, sinon pour les médias. Mais ce genre d'anecdote ne cessent de se démocratiser.
Au même titre que l'on se découvre soi-même dans les moments de crises, au mileu de cette fôret obscure dantesque, les citoyens jugent une instance, un gouvernement à sa l'orée de sa gestion des évènements impromptus, de ces catastrophes naturelles et sanitaires. Le bilan est aujourd'hui lamentable en France (Matteï, Raffarin, Direction Générale de la Santé etc ...)
CANICULE 2003, SOLITUDE DES ANCIENS
Nous ignorons nos "vieux" en les placant avec empathie au coeur de maisons closes aux budgets sans cesse revus à la baisse. Alors que dans certaines cultures (notamment africaines) la figure mythique de L'Ancien reste la promesse d'une mémoire vive, les sociétés soumises au "progrès" continuent de nier Mort et Mémoire, en reniant par là même enfants et Patriarches.
La canicule 2003, et la crise sanitaire qui s'en est suivie, nous a mis face aux tares du système. Le carnage qui vient d'avoir lieu sera vite oublié rassurons-nous tous. Dès demain, les futurs retraités seront là pour demander des allocations à la hauteur de leurs espérances.Nous aurons bien vite fait d'occulter nos géniteurs car au fond, tout ceci n'est qu'une pure question de régulation naturelle, n'est-ce pas?
Mais pensez-vous que cet isolement vraiment naturel? Ne serait-ce pas encore la preuve d'une société qui base tout sur la rentabilité, sur le profit à court terme et tout simplement, sur l'OUBLI?
FAUSSE PUDEUR ET AMNÉSIE
La pudibonderie devient écoeurante. Dans la presse, au sein des cercles intellectuels, l'essentiel est tu. On ne parle pas de sexualité à nos mômes. On veut cacher celle des personnes âgées ou des citoyens touchés par des déficiences mentales.
Nos TABOUS sont partout. Nos TOTEMS se nomment oubli et déni.
TOUT EST BASÉ SUR NOTRE PERCEPTION DE LA MORT.
Nos vies sont liées à l'idée que nous nous faisons de la mort. Zéro dégâts, des conflits sans victimes, des massacres sans cadavres. Des pandémies sans malades ... Voilà ce que l'on nous sert depuis des années.
La SOLITUDE des personnes âgées est aussi la notre. La route est longue et déserte très souvent. À quoi bon vieillir si c'est encore pour être ignoré et reclu? Mais le soleil se lève sur la cité cannibale et amnésique. Un peu plus de biens périssables, moins de livres. Toujours plus de consommation et de ventes express. Toujours moins de solutions. Le PROGRÈS ne devrait pas avoir comme unique pendant la course permanente à la dernière invention sans intérêt, serti d'un emballage innovant.
mercredi 20 août 2003
Nt1bel
