C'est sur un plateau de télévision que j'ai vu Benny Lévy pour la première fois, lorsqu'en février 2002, Edwy Plenel l'avait invité pour « Le monde des idées » sur LCI. Kippa sur la tête, l'ancien maoïste (Pierre Victor de son pseudonyme) co-fondateur du journal Libération, proclamait que l'on ne pouvait pas vivre avec « l'Absence ». L'absence d'un dieu, l'absence des autres etc ... Étonnante affirmation pour cet ancien adepte de l'orthodoxie marxiste maoïste.
Élève du philosophe
Emmanuel Lévinas, Benny Lévy avait adhéré dans les années 70 à l'humanisme et à la considération d'autrui prônés par l'auteur de
« Totalité et infini » (1961).
Mais avant cela, il y avait eu dans la vie de Lévy l'un des pères de l'existentialisme du XXe siècle :
Jean-Paul Sartre. Le même Sartre qui invoquait la notion de « délaissement » par Dieu pour en sortir une nouvelle politique de l'homme. Le compagnon d'infortune de Beauvoir qui partait du postulat : « L'existence précède l'essence ».
Or, à la fin de sa vie, dans un entretien publié par le Nouvel Observateur, Sartre confiait à Lévy ses doutes, voire ses objections sur son propre athéisme ainsi que sur certaines de ses oeuvres.
Peu de temps auparavant, Benny Lévy avait donc fait la rencontre avec Lévinas. Le judaïsme affirmé de ce dernier ajouté aux ultimes soubresauts de Sartre lancèrent le philosophe décédé ce 15 octobre 2003 sur les voies impénétrables de Dieu (expression supplémentaire émanant de la culture catholique).
Ils s'appelaient alors
Alain Krivine, Pierre Goldmann, Nicolas Boulte, Henri Weber, Robert Linhart, Jean-Louis Péninou, Serge July ou Benny Lévy. Eux, les agitateurs de mai 68.
Sur ces quelques révoltés, certains furent assassinés, d'autres se suicidèrent. Certains optèrent pour le sinistrisme : de l'extrême gauche à l'extrême droite. Et d'autres se débattent actuellement avec un Libération " nouvelle formule" sur le déclin.
Riche parcours que celui de Benny Lévy en somme.
Le philosophe qui vient de mourir à Jérusalem laisse derrière lui l'institut d'études lévinassiennes fondé en 2000 avec
Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy.
Il est possible que sa mort ne soulève aucune réaction (au-delà des ondes de France Culture). À moins que son procès commence aujourd'hui. Et avec lui, celui d'Israël notamment.
Étrange coïncidence, ce jeudi matin, dans les colonnes du Figaro,
Alexandre Adler écrivait une tribune intitulée :
« Epître à Tarik Ramadan » dont voici un extrait :
«Tarik Ramadan, s'en est pris sur Internet à une série d'intellectuels juifs français, leur reprochant leur engagement communautaire et le caractère partisan de ce qu'ils entendent faire passer pour des analyses objectives, et qui ne sont que l'étalement de leurs préjugés ethnocentriques. Cette déclaration a été accueillie par l'indignation des uns, l'embarras des autres, les nouveaux amis d'extrême gauche de Ramadan ».Coïncidence puisque cet article nous prouve que rien ne s'arrête sur le front français de la connerie. Au passage, pourquoi le Figaro ne cite pas outre mesure la mort de Benny Lévy ? Étrange sectarisme. :-)
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Comme le soulignait Albert Memmi dans « Portrait d'un juif » (1962), lorsqu'une nation va mal, lorsque la crise s'installe, les Juifs présents dans le pays peuvent se faire du souci. Depuis quelques années, on revoit l'antisémitisme prendre du poil de la bête en France. Associé à un anti-américanisme de base (deux fléaux décrits par
Michel Winock dans
« Nationalisme antisémitisme et fascisme en France »), les deux anti ont beaucoup de succès dans les courants de la gauche française, et pas seulement d'ailleurs.
Dans son « Laboratoire de catastrophes générales » (hautement appréciable cela dit), Maurice G.Dantec fustige cette gauche bien-pensante, les nihilistes onusiens qui regardent les conflits se fairent et se défairent. Il remet en scelle quelques auteurs trop souvent ... crucifiés :
Drieu la Rochelle, Joseph de Maistre ou encore
Léon Bloy. En somme, une frange de la littérature catholique française ignorée certes (l'oubli est de taille lorsqu'on connaît les écrits de Drieu), mais dont les fondements antisémites ne sont plus à prouver.
Tout est reproché aux Juifs et particulièrement en France. Les aberrations fusent en provenance de la gauche comme de la droite.
Au centre de tout cela depuis 50 ans : ISRAEL.
Benny Lévy était devenu pour certains un véritable fanatique religieux. Il est vrai que si des milliers de juifs orthodoxes se sont pressés ce jeudi pour suivre les cérémonies funéraires du philosophe, ce n'est pas le fruit du hasard.
Pour le défendre, restent Alain Finkielkraut et BHL, malheureusement trop utilisés par les médias ces derniers temps et donc peu crédibles à ce jour (enfin BHL, tout Malraux qu'il voudrait être est ridicule depuis des décennies).
Il y a un peu du film « Les invasions barbares » dans le parcours de Benny Lévy. Il y a dans les routes empruntées par cet homme le renoncement aux fondamentaux du socialisme athée. Un virage motivé par les attaques que subissent les Juifs du monde entier et non seulement les Israéliens.Il faudra encore d'autres figures pour souligner que les opprimés (quelque ils soient) sont toujours privés de leur histoire et qu'à sa place vient se mouvoir dans les consciences les fantasmes en tout genre : le fantasme de l'Orient (feu Edward Saïd), les fantasmes sur le peuple juif (Marx, Memmi etc...).
« Je crois que la mort, tôt ou tard, se révèle en tout, et que toutes ces éternités et immortalités, si avantageusement affirmées, ne sont que de pauvres assurances que nous essayons de nous donner contre elle »
-Albert Memmi- : « Portrait d'un juif »
Nt1bel -16 octobre 2003-