LA COURSE POUR LE « GRAND MOYEN-ORIENT »
Dans
Le Canard enchaîné du 8 juillet dernier, Claude Angeli écrivait que le 15 avril 2004, alors qu'il était en visite à Alger, Jacques Chirac aurait déclaré à Boutef son intention de " mettre en chantier un accord en matière de défense ". " L'ambition de l'Élysée, ajoute le même journal, est (...) d'aller plus vite que les Américains ". Après le 14 juillet, on ne perd pas de temps du côté du gouvernement français. Deux ministres français en visite officielle à Alger à quelques jours d'intervalle et un troisième annoncé pour la fin du mois. Le ministre des Affaires étrangères,
Michel Barnier, était à Alger lundi 12 et mardi 13 juillet.
Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, est en Algérie les 17 et 18 juillet. Cette dernière a d'ailleurs affirmé, à l'aéroport Houari-Boumediène, que des rencontres avec les représentants de la société civile étaient prévues. Uniquement dans le cadre de la Défense et des Droits de l'Homme ? À suivre... Enfin,
Nicolas Sarkozy, ministre de l'Economie et des Finances, est attendu pour la fin du mois.
Mais la patrie de monsieur Walker Bush accélère également son emprise sur ce que les Faucons ont décidé de nommer le
Grand Moyen-Orient . Autrement dit, un territoire -comprenant les nations arabo-musulmanes- qui s'étendent du Maroc au Pakistan. À propos du royaume alaouite, Le 15 juin dernier, le représentant des États-Unis au commerce extérieur,
M. Robert Zoellick, et le ministre délégué aux affaires étrangères et à la coopération du Maroc, M. Taib Fassi-Fihri, ont signé
un accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le Maroc. Pour illustrer encore un peu plus la place que les Américains prennent au Maghreb, notons le rôle que joue James Baker au sujet du Sahara Occidental. Le problème sahraoui oppose le Maroc et l'Algérie. Michel Barnier le sait. C'est la raison pour laquelle, lors de sa visite à Alger, il a préconisé un " nouvel élan " dans le dialogue algéro-marocain. Les Français prennent encore une fois peu de risque. Tandis qu'en Espagne, les déclarations faites par le Premier ministre espagnol, Luis Zapatero, en visite à Alger le 14 juillet, ont soulevé un tollé général dans son pays. Il a préconisé d'autres solutions pour le conflit du Sahara occidental, alors que l'Espagne s'en est tenue jusque-là au plan Baker. Voilà un début pour éviter que le
" Plan Baker " soit la seule alternative inérante à la question du Sahara occidental. (James Baker a démissionné de son poste. Il a été remplacé par Alvaro de Soto).
Quant à l'Algérie, même si les visites de courtoisie ne sont pas le privilège de G.W Bush, ses armes sont tout aussi convaincantes.
Mais avant cela, voici juste une observation faite sur un site internet. Alors que de nombreuses ONG basées en Algérie dénonçaient en avril les fraudes électorales, voilà ce que l'on pouvait trouver sur le site :
http://www.algerie-elections.levillage.org. :
" L'agence américaine "
the Economist Intelligence Unit" (EIU), spécialisée dans l'étude du risque-pays, a indiqué, dans une analyse publiée vendredi, que "le fait même que l'Algérie tienne une élection présidentielle pluraliste distingue le pays de la plupart des Etats arabes". À propos des perspectives des relations entre l'Algérie et les Etats-Unis, l'agence soutient que "les liens algéro-américains continueront à se renforcer. "
Une agence américaine qui valide ces élections truquées ? Troublant. Pas tant que ça au fond. Avec plus d'un milliard de dollars investis ces dernières années, les États-Unis représentent les premiers investisseurs étrangers en Algérie. La Maison-Blanche s'est empressée, à l'annonce de la réélection de Bouteflika, de féliciter ce dernier cordialement. Les relations Washington-Alger se normalisent donc après des années moribondes.
L'ALGERIE DES SOUS-SOL
" Les capacités de traitement des hydrocarbures pourraient encore être développées : en matière de raffineries, la capacité actuelle de traitement du pétrole brut est de 21 millions de tonnes et l'Algérie n'a pas l'intention de construire de nouvelles raffineries. La pétrochimie se limite à l'heure actuelle à la production de 250 000 tonnes d'éthylène, de méthanol, de polyéthylène et de PVC pour une valeur de 700 millions de francs. Une unité de polyéthylène haute densité est en construction en coopération avec une entreprise espagnole. Sonatrach essaye de trouver des financements internationaux pour un très important programme de développement de sa pétrochimie. "
" Notre pays représente 11,5 % des approvisionnements français en hydrocarbures et plus de 20 % de ses achats de gaz. Notre pays maintient, ainsi, son rang en tant que 14e client de la France et de son 17e fournisseur. La part de ce pays dans le marché algérien se situe aujourd'hui autour des 25 % ". (Le Jeune Indépendant 5 juin 2004)
Les sous-sols algériens sont sous exploités. Le pays manque de moyens pour optimiser les extractions de pétrole. Voilà pourquoi la France et les Etats-Unis ont engagé depuis des années une bataille commerciale féroce afin de faire main basse sur l'un des pays africains les plus riches, potentiellement.
Une fois de plus, les intérêts économiques l'emportent sur les Droits et de l'Homme. Et cela au Maghreb, comme dans le reste de l'Afrique. Bien que le journaliste du Monde, Stephen Smith, pense que l'emprise des anciens pays coloniaux n'explique pas la chute vertigineuse d'un continent entier, son point de vue n'est pas partagé par tous les Africains (exilés ou non).
" Fahrenheit 9/11 " montre les liens qui lient depuis des décennies les Etats-Unis à l'Arabie Saoudite. En France, la Société française d'exportation de systèmes avancés (Sofresa), société privée agissant pour le compte de l'Etat français, est en train de devenir le bras armé de la France pour les grands contrats d'exportation, militaires, mais aussi civils. Et cela en Arabie Saoudite et en Libye, entre autres.
http://www.algeria-watch.de
http://fr.allafrica.com
Nt1bel (Juillet 2004)
L'EXPRESS, le 04/04/2005 :
« En quelques années, l'Algérie est devenue l'un des principaux alliés des Etats-Unis dans la région et le président Bouteflika tient à conserver ce statut. Sans pour autant démocratiser le régime. D'où l'attrait du modèle tunisien: un pays tenu, une population docile et les faveurs de Washington »