En juillet 2004 France 3 diffusait un sujet qui proclamait, sans que cela ne suscite aucun commentaire, que tout le monde avait eu ce qu'il voulait grâce au bon Victor Schoelcher. Que la députée guyanaise Christiane Taubira-Delannon avait terminé le combat de beaucoup d'Antillais et de descendants de déportés. L'erreur journalistique reste le point final. Il y a eu un point final à ce sujet. Aucun mot sur l'éducation, sur un devoir de mémoire qui devrait bouleverser les Français autant que le « passé qui ne passe pas » (H. Rousso) vichyste.
Si même le service public véhicule de telles idées, pourquoi revenir sur ces siècles insignifiants en cet an 2005 ? À cause du triste clown Dieudonné Mbala Mbala ? Ses déclarations surmédiatisées permettent à un auteur comme Olivier PETRE-GRENOUILLEAU de revenir sur son livre « Les traites négrières : essai d'histoire globale » dans les colonnes du Monde et donne l'occasion à Pap Ndiaye, historien, maître de conférence à l'EHESS, de critiquer certaines des thèses de Petre-Grenouilleau sur le site GRIOO.COM . Le double tranchant médiatique est évident.
« Le malaise noir » comme titrait le quotidien Libération le 18 février dernier grandit. Alors pourquoi en oublier l'une des causes principales , c'est-à-dire la non-reconnaissance d'une mémoire commune aux colonisés et aux colonisateurs et surtout à leurs enfants ? Pourquoi Libération, le jeudi 17 mars, annonçait uniquement dans une brève, à la rubrique culture, que l'État préemptait des « pièces manuscrites liées à la traite des esclaves à l'Ile Bourbon (La Réunion), à la fin du XVIII ème siècle. » ? À en croire les médias, la salle 10 de l'Hôtel Drouot aurait due être paisible ce jeudi 17 mars, aussi calme et figée qu'une société française qui risque de connaître le feu.
« NOUS SOMMES TOUS DES ENFANTS D'ESCLAVES »
Ce jeudi 17 mars, ils ne sont qu'une petite dizaine à s'être pressés à 11 heures dans la salle 10 de l'Hôtel Drouot où sont exposés les documents incriminés. Mais très vite, une foule commence à s'amasser devant la vitrine. La rumeur monte et tous ceux qui attendaient à l'entrée de la salle des ventes aux enchères arrivent. Même si on sait que la veille, l'Etat a fait jouer son droit de préemption sur deux lots concernant les esclaves sur l'Ile Bourbon, le lot n°1 (qui concerne des correspondances d'esclavagistes en Guadeloupe), reste sous la vitrine avant la vente prévue demain. Ce jeudi, l'heure est à l'action médiatique pour le Collectif des Filles et Fils d'Africains Déportés (Coffad) et sa vice-présidente Joby Valente. Quelques médias communautaires ont fait le déplacement. Une journaliste qui semble travailler pour la " presse parisienne " est fraîchement accueillie.
Joby Valente scrute les documents quelques instants. La première question ne tarde pas et elle provient de Jocelyn Chaubo, de l'association Kolors. La vice-présidente du Coffad commence son plaidoyer, exprimant son indignation face à cette vente. Les revendications sont précises et en tête de celles-ci, une LOI contre la mise aux enchères de documents provenant des traites négrières (Rappelons que si la LOI dite TAUBIRA votée le 10 mai 2001 qui reconnaît comme crimes contre l'humanité, la traite négrière transatlantique et l'esclavage qui en a résulté, avait été appliquée, ces documents ne pourraient être mis en vente. Car comme le rappelle madame Taubira-Delannon, l'article 1128 du Code Civil dispose qu' : « Il n'y a que les choses qui sont dans le commerce qui puissent être l'objet des conventions. » Napoléon Bonaparte doit s'étrangler).
Minute après minute la foule se fait plus opaque autour de Joby Valente. Très vite, on scande : « Nous sommes tous des enfants d'esclaves » avant d'ajouter « C'est fini, on ne se taira plus. Vos histoires de préemption ne nous intéressent pas. » Des documents sont soudain sortis de leur vitrine pour être montrés à tous. Les surveillants deviennent de plus en plus nerveux et un responsable de la salle des ventes est obligé d'intervenir pour calmer la foule. La cacophonie augmente. Dans ce brouhaha de conversations, on s'attaque notamment au commissaire-priseur de cette vente. « C'est comme Eichmann qui prétendait ne pas avoir eu de responsabilités » peut-on entendre de la bouche d'un jeune homme qui gâche une partie des revendications. Des revendications qui sont fondées et qui ne proviennent pas d'ignorants illuminés.

