LA CRISE MYTHIQUE -II-

LA CRISE MYTHIQUE -II-
ONE HISTORY TO RULE THEM ALL

« Aux grands hommes, la patrie Reconnaissante », sorte d'épitaphe bien gardée ici et là par les Cerbères de la République. Aux grands hommes donc, pas à ceux qui furent chair à canon ou marchandises à fond de cale. La « patrie Reconnaissante » aux adeptes d'une culture de tristesse et de ressentiment, aux lecteurs primaires pour qui les concepts nietzschéens de « Volonté de puissance » ou d'« Éternel retour » ne dévoilent qu'un sens littéral et doivent se révéler en politique sous une forme tronquée, sous la bannière d'une idéologie emprunte d'un ésotérisme obtus et d'un retour à l'Ordre Chevaleresque.

Voici la défaite de la pensée, la prime accordée à la misère culturelle ambiante qui ne saura jamais gré de diffuser à heure de grande écoute les histoires, les civilisations. Les mass média imposent Une Histoire, Une Civilisation, Une Musique française et une seule. Nous éluderons des années encore Fernand Braudel et Ibn Khaldoun au profit de tous les mystificateurs. Voilà ce que Nietzsche nommait « mythologie de l'histoire ».
« One Ring to rule them all, One Ring to find them,
One Ring to bring them all and in the darkness bind them »
Nous préférons nous servir dans le pot-pourri du « Da Vinci Code ». La culture est si douce à travers les yeux du forgeron devenu Croisé dans « Kingdom of Heaven », tellement plus accessible au regard du « Seigneur des Anneaux », (hommages à Bilbo)dans le « Monde de Narnia » ou bien sur les chemins de l'école de Poudlard, dont on diffuse le dernier opus du jeune sorcier jusque dans l'Espace. Et l'on puise inlassablement du côté des Rose-Croix, de l'Ordre des Templiers et des Chevaliers Teutons. Une pincée de bravoure face aux Sarrasins par ici, contes et légendes par là. Il ne faut pas oublier l'eschatologie, bien entendu, la Fin des Temps par la transgression morale.

Une Histoire, Christian Vanneste, député UMP du Nord, est un grand partisan d'une telle conception. Il s'était déjà illustré en qualifiant le « comportement homosexuel » de « menace pour la survie de l'humanité ». Pourquoi s'étonner dès lors qu'il ait pu rédiger l'article 4 de la loi de février 2005 sur les rapatriés et qui souligne le « rôle positif » de la présence française Outre-mer, notamment en Afrique du Nord ? Monsieur Vanneste est fidèle à une pensée qui parcours l'ensemble du spectre politique français. Mais il est encore plus fidèle au Club de l'Horloge.
Un certain Islam est également à la mode, ou plutôt une mystification de la religion musulmane. Et qui s'en étonne ? Bon nombre de non-musulmans qui depuis des siècles se passionnent pour les théories de Manès, les Quatrains d'Omar Khayyâm, ou pour le charisme du Vieil ismaélien de la Montagne, Ceux pour qui ces personnages illustres sont l'alpha et l'oméga de leur Orient, ceux qui dorment encore après des siècles de mensonges et d'hologrammes. Un peu comme Christian Vanneste qui sur un plateau de la chaîne télévisée de l'Assemblée Nationale assénait à la Député de Guyane Christiane Taubira l'éternelle rengaine : la France a tout de même lutté contre la malaria à Madagascar et a fourni de nombreuses infrastructures au Maghreb, et qu'il faut cesser de prêcher le rôle négatif du colonialisme à la française pour faire rejaillir ses aspects...positifs.


MAHOMET, DANTE ET LES AUTRES

L'ORIENTALISME tel que l'a décrit Feu Edward W. Saïd, c'est-à-dire la création de la notion d'Orient, est une fiction [ voir Nietzsche] fomentée par un Occident perdu dans son romantisme et ses vapeurs éthérées. Pourquoi l'Occident ne veut toujours pas comprendre les cultures qui pouvaient jadis border la Méditerranée, au-delà de la sphère hellénique ? Comprendre, comme l'écrivait Fernand Braudel dans « La Méditerranée : L'Espace et l'Histoire », que la Romanité ne commence pas avec le Christ ou que l'Islam est antérieur en quelque sorte à l'Hégire, bien antérieur.

Selon Abdelwahad Meddeb, « Edward Saïd rappelle l'évidence : l'Islam a été à l'intérieur de l'Europe, il est interne à l'Occident. Et il [ E.W.Saïd] prend pour exemple Dante (1265-1321) obligé de reconnaître la centralité de l'Islam en situant Mahomet au c½ur de son Enfer. » À un détail près tout de même. Dante Alighieri n'a pas été obligé de reconnaître la place de l'Islam au sein de l'Europe du XIIIe siècle, le processus se fit naturellement. Dante, chantre de la poésie occitane et de l'art des troubadours savait combien ces cultures devaient aux Arabes ou aux Chinois. Est-ce que tout cela est oublié au XXIe siècle ?

A SUIVRE...

# Posté le vendredi 02 décembre 2005 07:09

Modifié le vendredi 16 décembre 2005 09:07

LA CRISE MYTHIQUE -III-

LA CRISE MYTHIQUE -III-
LE BULBE D'HÉLENE DE MOSCOU

« la réalité, c'est ce qui continue à s'imposer à vous quand vous cessez d'y croire » -Philip K. Dick-

Alors que je viens de revisiter le documentaire « De Nuremberg à Nuremberg », le feu cathodique de ce 11 frimaire n'a de cesse de torpiller ses reportages et ses commémorations m'évoquent davantage des réminiscences fondamentales que de simples brèves de comptoir.
Chaque camp se nourrit de rumeurs plus sécessionnistes les unes que les autres. Non nous n'en avons malheureusement pas fini avec Vichy et avec notre misérable esprit nationaliste, tantôt munichois tantôt expansionniste. Dans un entretien avec Jacques Jaubert, en décembre 1979, le journaliste Henri Amouroux (qui aimerait tant que l'on en finisse avec le spectre de l'immondice pétainiste) exposait sa radioscopie d'un métier en proie à d'éternels déchirements :
« Le journalisme nous apprend à ne pas être ennuyeux. On peut très bien
raconter des choses sérieuses de façon vivante, intéressante. »

Cette logique a été extrapolée, génétiquement modifiée. Tout discernement, toute mesure est abolie. La crise judiciaire OUTREAU est également une crise du journalisme. Une voie royale a été ouverte à tous les fantasmes rêvés par la « Société du spectacle ». On nous annonce la crise, nous la vivons. Mais les coupables, « Où sont-ils ? » demande la foule. Qui va payer ?

La grande famille médiatique internationale est venue se faire peur et frémir au chevet de la petite France ces dernières semaines. Paris brûle-t-elle? Oui affirmaient CNN et Sky News. Et peu importe que leurs cartes montrent Toulouse en Suisse ou Strasbourg au coeur de l'Allemagne. « Paris : Burn motherfucker burn. Hello my name is Jimmy Pop and I'ma dumb white guy...» Paris brûle pendant que se consume également le bulbe d'une immortelle. Hélène Carrère d'Encausse, Académicienne intempestive et spécialiste de la Russie, expliquait à la chaîne de télévision russe NTV ce qui représente indubitablement pour elle les racines profondes de cette crise des banlieues :
« Ces gens, ils viennent directement de leurs villages africains. Or la ville
de Paris et les autres villes d'Europe, ce ne sont pas des villages
africains. Par exemple, tout le monde s'étonne : pourquoi les enfants
africains sont dans la rue et pas à l'école ? Pourquoi leurs parents ne
peuvent pas acheter un appartement ? C'est clair, pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois
ou quatre femmes et 25 enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont
plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces
enfants courent dans les rues. »

Considérations intempestives d'une immortelle qui pour ma plus grande sérénité devrait aller à Moscou peaufiner son futur ouvrage : « Les Protocoles des familles africaines dont les enfants errent dans les rues propres de mon ghetto idéologique ».
Ce n'est pas le monde qui s'écroule comme dirait Chinua Achebe, mais seulement le masque qui tombe. Qu'on ne vienne pas me dire que ces déclarations et celles du philosophe Alain Finkielkraut -faites au journal israélien Haaretz- sont du même acabit. Madame l'ancien membre de la Commission des sages pour la réforme du Code de la nationalité est loin d'être une marginale en France. Qu'est-ce qu'un Français, Hélène ? Jus soli ? Jus sanguinis ? Allez, tu reliras les Epîtres selon Saint-Pierre Desproges : « Quant à ce sang impur, je le dis, c'est pas pour cafter, mais y fait rien qu'à abreuver nos sillons. »

ENFERMER ET PUNIR

Il y aura une justice le jour où nous serons tous coupables écrivait Albert Camus dans « La Chute ». Qui va payer ? Et bien en attendant le Grand Soir, les nominés sont :

- Les familles africaines polygames.

- Les « racailles » que Charles Pellegrini connaît bien. L'ancien chef de la Brigade de répression du banditisme affirmait voilà quelques semaines sur LCI que « 5 à 10 % » des jeunes en difficulté ne seront « jamais intégrés ». Solution de Pelligrini ? Il faut les « éradiquer ». Lorsque la gentille journaliste Valérie Expert posa, incrédule, la seule question intelligente de sa matinée à savoir, « Que voulez-vous dire quoi par éradiquer ? », Charles Pellegrini s'empressa de rétorquer : « Ben il faut les mettre en prison. D'ailleurs, il faut agrandir le parc des prisons. » Lumineux Charles.
- Les Juifs (une valeur sûre depuis des siècles et des siècles, Amen). Demandez donc à Hugo Chàvez, adulé car Anti-impérialiste!! Le quotidien Libération aurait mal interprété, voire inventé les possibles déclarations antisémites du Président Chàvez (voir cet article!!) Quoi qu'il en soit, de la Syrie, en passant par l'Indonésie et jusqu'en Amérique du Sud, les Protocoles des Sages de Sion continuent leur irrésistible ascension.

- Les étrangers clandestins que le Ministre de l'Outre-Mer, monsieur François Baroin, se charge de reconduire aux frontières de la Guadeloupe, de Guyane ou de Mayotte.


La crise actuelle revêt mille et un visages : économiques, identitaires, culturels, etc. Les prochains mois, les prochaines années ne seront qu'amoncellement de plans d'urgence. Les mythes modernes ont cessé d'être des fables, des éléments structurels de la culture pour devenir des abjections au service des autarcies culturelles. Les irrédentismes intellectuels rejettent tout, tout le monde, et tout de suite. Les thèmes rétrogrades (ou prophétiques, c'est selon) des 4 États Confédérés de Charles Maurras et du nationalisme fermé de Maurice Barrès restent d'actualité. Une actualité brûlante. Jean Jaurès et Aristide Briand s'éloignent chaque jour un peu plus que la veille. Les fils de Platon auront toujours ce sens inné de la hiérarchie des cultures et des hommes. Lorsque ce n'est pas contre les musulmans, c'est contre les sociétés orales qui ont presque disparu.
L'Évangélisation de l'Afrique par Raël commence.
L'Empire et sa garde prétorienne sèment encore... mais qu'est-ce que je raconte?

Veuillez croire, moi pas.

« Il n'y a pas de beau souvenir, pas une belle institution dans les siècles modernes que le christianisme ne réclame. Les seuls temps poétiques de notre histoire, les temps chevaleresques, lui appartiennent encore ; la vraie religion a le singulier mérite d'avoir créé parmi nous l'âge de la féerie et des enchantements. »

Chateaubriand
: « Le génie du christianisme » (IIIe volume, Livre cinquième)

Nt1bel - Décembre 2005-

08 JANVIER 2006 : (Lu dans Libération)
"Antinéolibéral, anti-impérialiste... et antisémite ? Le président vénézuélien Hugo Chávez, héros de la gauche radicale latino-américaine, a identifié les «maîtres du monde» : «Les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ.» Cette «minorité s'est emparée des richesses du monde». Des déclarations tenues le 24 décembre, passées d'abord inaperçues et qui inquiètent la petite communauté juive vénézuélienne, 0,1 % de la population"

# Posté le vendredi 02 décembre 2005 06:56

Modifié le lundi 08 mai 2006 11:51

NO SATISFACTION! GiMME FIGHT, now!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

« Just call me lucifer / 'cause I'm in need of some restraint /
So if you meet me / Have some courtesy. »


Si Mick Jagger pouvait se fondre à merveille le temps de « Sympathy for the Devil » dans la peau de l'ange déchu, c'est bien parce qu'on avait besoin de lui ! Et comme l'écrivait William Burroughs, le Diable, c'est le « besoin absolu ». Absolue fut la fuite en avant des années 60 ! De Londres à San Francisco jusque sous les pavés parisiens, le ROCK des années Viêt Nam répondait à un besoin. Elvis, Chuck Berry et Bill Haley n'étaient pas allés assez loin dans ce que François Bégaudeau nomme la « Négritude du rock » (" Un Démocrate : Mick Jagger 1960-1969 "). Dans le métissage des musiques. Fini l'insignifiant appendice représenté par le " n' Roll ". Reste alors les débuts des Beatles et de leur rock qui, très vite, se fondera en art, en POP-ART. De recherches mystico-psychédéliques en retraite ascétique au sein des studios d'Abbey-Road, les quatre scarabées se sont vite éloignés des influences du King. Jefferson Airplane sera également l'un des fers de lance du mouvement psychédélique dont les ramifications se sont étendues à la Funk de George Clinton et des Parliament Funkadelic, jusqu'à nos jours à travers des groupes comme Daft Punk.
Les Rolling Stones, eux, ont fait trembler les murs des sons !


À LA CROISÉE DES CHEMINS

Du riff Richardesque de « Can't Get No Satisfaction », en passant par « Gimme Shelter » et par le fondamental LP « Beggars Banquet », le duo quasi fraternel Jagger/Richard aura passé en revue les grandes ficelles du blues et de la country.
Or c'est précisément dans les années 60 que la " soupape de sécurité " qu'était le Blues dépérit. Simple " art " pour les uns ou acceptation pure et simple de la ségrégation raciale aux États-Unis pour les autres, la voie originelle empruntée par des artistes comme Robert Johnson (the one who sold his soul to the Devil, at the crossroads) ne fait plus recette. Et durant une poignée d'années, les Stones ont en quelque sorte pris le relais, devenant la courroie de transmission du Chaos mondial et des battements d'ailes de milliers de papillons assoiffés. Autrement dit, par les luttes des Afro-américains, par l'assassinat de JFK et le Viêt Nam, la destitution de Khrouchtchev et avènement de Brejnev, par « Les Damnés de la Terre » et la Guerre des Six jours, la génération 68 a vu se former sous ses oreilles encore vierges quelqu'un des grands mouvements culturels, sociaux et politiques du XXème siècle. Dans ce fracas de bombes et de luttes d'indépendance, les Rolling Stones n'ont été qu'énergie et raideur. Lancée, la formation roulait à la vitesse des riffs de Keith Richard. La fête fut de courte durée.


BAD VIBRATIONS

Selon la "théorie" du journaliste et écrivain François Bégaudeau, les pierres se seraient écrasées en décembre 1969. (Si vous souhaitez savourer la lecture de cet excellent petit livre, NE LISEZ PAS LES LIGNES SUIVANTES).
La Fin de la gigantesque catharsis que furent les sixties aurait sonné le glas de la formation. 1969, fin de l'érotisme, au diable les hippies et leur naïveté. Woodstock clôt les rêveries pendant que Manson et ses macabres disciples éventrent Sharon Tate, alors enceinte. Le rock serait-il mort durant le célèbre concert gratuit au Altamont Speedway du 6 décembre 1969 ? Concert durant lequel Meredith Hunter, ce spectateur noir de 18 ans, sera battu à mort par les Hell's Angels. À la question, Hunter en sortant un revolver, voulait-il tirer sur Jagger a peu d'importance. C'est pourtant en visionnant les rushes du documentaire « Gimme Shelter » que Mick Jagger aurait refermé la « parenthèse hybride » des Rolling Stones. Adieu au métissage social ? Brian Jones venait de crever. Jagger tenait lui à son existence. Les poèmes des écorchés vifs qui se croient omniscients et n'ont qu'un temps Métempsycose ? L'âme noire du chanteur aurait-elle migré au-delà de notre tropopause ? Peur du geste que Hunter aurait pu accomplir ou sa mise à mort ? Angoisse définitive face à l'image une foule enragée ? BAD VIBRATIONS !
En 1977, le Punk viendra balayer définitivement les vieux briscards avec le slogan « No Rolling Stones » avant de crever à son tour au sein d'une décennie aseptisée.
... 1969-2005 : WAITING PERIOD ! (Hubert Selby Jr.)


« L'attente ne console pas » Maurice Blanchot

Nt1bel -20 mai 2005-

# Posté le vendredi 20 mai 2005 06:36

Modifié le samedi 05 janvier 2008 11:01

L'ALGÉRIE : UNE SEULE VOIE, UNE SEULE LANGUE

L'ALGÉRIE : UNE SEULE VOIE, UNE SEULE LANGUE
« J'écris en français, certes, histoire oblige, mais à bien tendre l'oreille, ce sont d'autres langues qui parlent en moi, elles s'échangent des saveurs, se passent des programmes télé, se fendent la poire.
Il y a au moins, et surtout, le kabyle, l'arabe des rues et le français. Voisines de paliers, ces langues font tout de suite dans l'hétérogène, l'arlequin, le créole...
»

Le journaliste et écrivain algérien Aziz Chouaki, auteur de « L'étoile d'Alger », a dû bondir en écoutant les déclarations du chef de l'État algérien au sujet de la langue à parler dans les écoles privées du pays. Abdelaziz Bouteflika a la voie libre depuis sa réélection du 8 avril 2004. Le cap des UN an se fait donc en douceur pour l'un des nombreux amis de Jacques Chirac. En revanche, la pilule de « l'unité » selon Boutef doit être indigeste pour le Mouvement culturel berbère, pour les derniers journalistes indépendants, ainsi que pour le corps judiciaire. Comme titrait l'hebdomadaire l'Express il y a deux semaines, « L'Algérie vérouillée ». ET ELLE NE PARLERA QUE D'UNE SEULE... LANGUE.

Le 12 avril dernier, le chef de l'État algérien s'exprimant devant les ministres de l'éducation de l'Union Africaine (UA) posait l'une des dernières pierres d'un édifice datant de l'Indépendance algérienne : « Il est tout a fait clair que toute institution privée qui ne tient pas compte du fait que l'arabe est la langue nationale et officielle et qui ne lui accorde pas une priorité absolue, est appelée à disparaître.» Son ministre de l'éducation, Abou Bakr Benbouzid , développe dans la foulée la pensée du président : « Il n' y aura pas de réformes au détriment de la langue arabe et de l'identité nationale », a-t-il précisé, en rappelant que l'Algérie « a perdu la langue arabe pendant 132 ans et nous avons consenti beaucoup de sacrifices pour la récupérer et aujourd'hui, il est tout à fait clair que je n'ai pas l'intention d'en faire l'objet d'un jeu ».

LA « RECONCILIATION NATIONALE » OU PRESQUE

Dangeureuse propagande que celle du pouvoir algérien ! L'histoire du monolinguisme à l'algérienne ne remonte pas à 2005. Un détail vient s'immiscer dans cette déclaration du Ministre de l'éducation. Entre la période colonialiste (1840-1962) et l'année des 50 ans du massacre de SÉTIF, le pays a tout de même mué. Et ces mutations ont permis d'aboutir à cette menace proférée envers les écoles privées.
En Février 1997, Gilbert Grandguillaume écrivait dans les colonnes du Monde Diplomatique un article sur l'arabisation linguistique en Algérie. En voici quelque extraits indispensables :

« Dès 1962, le groupe porteur de l'arabisation regroupe les Algériens de culture arabe dominante, voire exclusive, qui veulent trouver leur place dans un encadrement massivement francophone. ( ... )
Le second président, Houari Boumedienne (1965-1979), s'engage dans une action plus radicale. Par un décret de 1968, il impose l'arabisation de la fonction publique. ( ... ) Par ailleurs, la langue arabe est étroitement liée à la naissance et au développement de l'islam. ( ... ) Comme leurs anciens " maîtres " jacobins de l'Hexagone, les idéologues de l'arabisation recherchent L'UNIFICATION LINGUISTIQUE TOTALE DU PAYS. D'où leurs tirades contre les dialectes arabes, considérés comme des formes dégradées du pur arabe classique
. »


Autre étape de cette monomanie linguistique, le 17 décembre 1996, le Conseil national de transition (CNT), l'assemblée législative algérienne désignée, votait à l'unanimité une loi sur la « généralisation de l'utilisation de la langue arabe ». Elle stipulait notamment que « les administrations publiques, les institutions, les entreprises et les associations, quelle que soit leur nature, sont tenues d'utiliser la seule langue arabe dans l'ensemble de leurs activités telles que la communication, la gestion administrative, financière, technique et artistique ». Par cette loi, le pouvoir de l'époque pensait rallier à la fois les anciens du FLN et les islamistes. Aujourd'hui, les ennemis d'antan sont devenus de braves chiens dressés. Lors d'un congrès extraordinaire qui s'est tenu à Alger fin janvier 2005, Abdelaziz Bouteflika est devenu président d'honneur de l'ex-parti unique, le FLN. Quant aux islamistes, un mouvement comme celui de la Société pour la Paix (MSP) (ex-Hamas) dirigé par Mahfoud Nahnah, soutient publiquement la politique algérienne actuelle. Une politique si novatrice qu'elle lave les mains de tous les criminels. Car après la fameuse loi sur la « CONCORDE CIVILE », approuvée (tout est très relatif) par les Algériens lors du référendum du 16 septembre 1999, voici venue l'ère de la « RÉCONCILIATION NATIONALE ». Oubliés donc les quelque 200.000 morts présumés de la guerre civile algérienne, inutile de lire « LE PROCES DE LA SALE GUERRE » (Editions La Découverte). Quant aux indigènes qui parleraient une autre langue que l'arabe littéraire, voici venue votre muselière.


LA VOIE DE BOUTEFLIKA EST IMPÉNÉTRABLE

Après 132 ans de colonialisme à la française, l'Algérie de 1962 était totalement francisée. Les dernières injonctions présidentielles la veulent totalement arabisée en 2005. La menace qui pèse sur les écoles privées est une étape supplémentaire. Ces établissements privés ont fait leur apparition dans les années quatre-vingt dix au moment où l'école publique, qui dispense la totalité des cours en langue arabe, était en grande partie contrôlée par des islamistes. L'arabisation de la langue en Algérie est un phénomène plus complexe et plus large que celui d'un simple endoctrinement islamiste. Le QUI TUE QUI ? risque de ne pas trouver de réponses officielles avant des décennies. Et sans ces réponses, la chape de plomb qui revêt les rouages de la politique de Bouteflika restera ancrée, y compris sur les questions de culture(s). Contrairement au voisin marocain, l'Algérie ne connaîtra probablement jamais une « Instance Équité et Réconciliation » (mise en place par Mohammed VI) pour faire toute la lumière sur les « années de plomb » algériennes, de 1991 à aujourd'hui.
Pour le journal algérien La Tribune paru le 17 avril, « la double commémoration, du 25ème anniversaire du Printemps amazigh et du 4ème des événements dramatiques de 2001 sonne " Le printemps de toutes les désillusions ». Le Mouvement culturel berbère (MCB) est totalement atomisé et ,selon le journaliste Kamel Amghar, la Kabylie aborde ses anniversaires avec un désenchantement rarement observé. Or la question de l'arabisation de la langue concerne directement les Kabyles.
Si pour Albert Camus, dans « L'homme révolté », « La totalité n'est pas l'unité », pour Abdelaziz Bouteflika, L'UNITÉ EST LA TOTALITÉ.
Et ce n'est pas les VOIX de la France (qui depuis L'Année de l'Algérie en 2003 ne se soucie plus de la culture en Algérie) qui viendra objecter.

« Les langues arabe, amazighe, française font partie du paysage linguistique d'une même identité, mais qui s'obstinent à s'ignorer, campant le plus souvent sur des positions de suspicion envers l'autre, celle-ci n'étant pourtant que l'expression de sa propre image exprimée par un de ces véhicules linguistiques de son algérialité (...)
Francophones algériens, nous y entrons (l'immense forêt qu'est le fonds culturel arabe) quand nous avons pris, une fois pour toutes, la décision de vivre notre arabité et notre maghrébité avec un sentiment de malaise et de culpabilité. »

-Sid Ahmed Bouhaïk- « Situation linguistique en Algérie »


Nt1bel -20 avril 2005-

PS : vu sur OUMMA.COM : Entretien avec Akram Belkaïd : « Des millions d'Algériens ressentent le besoin d'une vraie démocratie et d'un vrai Etat de droit » :

« Je pense effectivement que l'Algérie est malade du régionalisme et de la « 'açabiya » décrite en son temps par Ibn Khaldoun (...) J'ai tenu d'abord à rappeler une vérité qui est souvent passée sous silence : les Algériens sont tous des berbères et leur part d'arabité s'inscrit plus dans le registre culturel qu'ethnique. La vraie distinction réside dans le fait que certains sont berbérophones et d'autres arabophones. Il est temps que l'on sorte des ces identités mythifiées que le colonialisme a exacerbé et que l'on retrouve en France avec le cliché « du bon kabyle » que l'on oppose à « l'Arabe dont il faut se méfier ».

28 février 2006 : « Bouteflika ferme des écoles francophones » par Arezki Aït-Larbi (Le Figaro)
« "TOUTE institution privée qui n'accorde pas une priorité absolue à la langue arabe est appelée à disparaître." Moins d'une année après cette menace, le président Bouteflika est passé à l'acte, en fermant, dimanche, quarante-deux écoles privées francophones pour «déviation linguistique».

# Posté le mercredi 20 avril 2005 08:44

Modifié le mardi 28 février 2006 04:39