Virus Mythologiquement Transmissibles (VMT®) -II-

PAS DE CIVILISATION AU CARBONE 14

Le schisme dont il est question au sein du christianisme ne situe pas entre le catholicisme et le protestantisme, mais entre l'esprit des Hellènes et celui de l'Eglise chrétienne apostolique et romaine, entre l'Occident et l'Afrique qui pour beaucoup ne serait née qu'au IIIe siècle après J.C avec l'Empire de Ghana. Ainsi, les mythes modernes ne fondent plus la culture et sont devenus des abjections au service de nos autarcies culturelles. Selon Hans Blumenberg, « l'oubli des "anciennes significations" est la technique même de la constitution des mythes ». Soit. Mais à oublier certains mythes, nous restons à la merci de ceux qui inventent nos passés, qui exposent leur colonialisme magnifié et leur fardeau blanc.
Voici l'exemple d'une légende devenue religion. Alors que le palais de Latran (offert au IVe siècle après J.C par l'Empereur Constantin à l'Evêque de Rome) devenait le centre de la chrétienté, les oeuvres de Platon furent interdites. Les Gnostiques devinrent des hérétiques. Leur Jésus était le « Roi des Juifs », cet opposant farouche au joug romain. Saül de Tarse (Saint-Paul) le transforma en fils de Dieu. Il puisa pour cela dans sa religion maternelle, le Judaïsme, ainsi que dans le culte perse de Mithra et les traditions païennes les grands thèmes qui devinrent depuis des dogmes immuables de l'Eglise chrétienne.

Au bout du compte, il nous importe peu que tout cela soit prouvé ou non. La Bible n'est pas un document d'Histoire, mais une fondation, Une histoire. On ne fonde pas une civilisation au carbone 14. L'égyptologue Cheikh Anta Diop le savait mieux que personne. L'éminent scientifique sénégalais écrit ainsi dans Nations Nègres et Culture :
« La culture nègre a été évincée du Bassin septentrional de la Méditerranée dans ses formes les plus étrangères aux conceptions eurasiatiques ; elle ne survivra, chez les jeunes peuples auxquels elle a ainsi permis d'accéder à la civilisation, que sous forme de substratum, si vivace néanmoins, qu'il nous permet aujourd'hui d'en déterminer l'étendue.» La culture ne peut rester figée dans un sarcophage, prise uniquement en tenaille par des dogmes immuables. L'Afro-centrisme est une étape à dépasser, l'euro-centrisme également.
Une vie un combat. L'immense historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo accompagne depuis des décennies une approche complémentaire à celle de Diop. Il a ainsi développé le concept de développement endogène. Contre le repli ethnique et identitaire, ce concept doit permettre peu ou prou à l'Afrique d'exporter ses cultures, ses identités et pas uniquement à l'ombre du Quai Branly ou creux de nos inconscients collectifs raciaux. Or nous savons que les mythes se nichent dans notre imaginaire.

Le nettoyage intellectuel du catholicisme invoqué par la philosophe Simone Weil et soutenu par Gustave Thibon aurait pu participer à l'essor d'une Europe libérée de sa mauvaise conscience. L'échec est patent. L'idée de rappeler aux Européens, au détour de la Constitution à venir, le rôle du christianisme dans « l'héritage religieux et spirituel », met en évidence une incapacité à toucher la jeunesse, seule détentrice du renouvellement des mythologies. L'Europe a besoin de nouveaux mythes, d'autres idéaux.


LA PASSION DE ROUGEMONT

Denis de Rougemont écrivait dans L'amour et l'occident (1939) :
« Et c'est l'Éros, l'amour-passion, l'amour-païen, qui a répandu dans notre monde occidental le poison de l'ascèse idéal - tout ce qu'un Nietzsche injustement reproche au christianisme. C'est l'Éros, et non pas l'Agapé, qui a glorifié notre instinct de mort, et qui a voulu l'idéaliser. Mais Agapé se venge d'Éros en le sauvant. Car Agapé ne sait pas détruire et ne veut pas détruire ce qui détruit. » Une opposition digne du combat mythique instauré par Plutarque et qui oppose les mythes grecs Dionysos et Apollon.
La figure que représente Denis de Rougemont, co-fondateur de la fameuse revue Esprit en 1932, est emblématique. « Situer au centre de l'homme le centre de la société » était son credo, et la construction d'une Europe fédéraliste, une « Europe des régions » son combat et son devenir.

Jean-Louis Loubet Del Bayle nomma cette grande famille de clercs à laquelle de Rougemont appartenait « Les Non-conformistes des années 30 ». Cette révolte de la jeunesse bourgeoise française n'est emmenée à ses débuts que par des « minoritaires à l'intérieur d'une société vieillie ». L'Ordre nouveau, le personnalisme, autant de concepts qui ont pour ambition de redonner à l'individu son centre de gravité. Pour de Rougemont, « corps et âme sont un seul et même être ». L'écrivain suisse plaçait la foi chrétienne au centre de ce renouveau. Il y ajouta quelques influences (Bakounine ou Proudhon) qui lui confèrent rétrospectivement ce qualificatif de non-conformiste.
L'époque se prête à de tels soubresauts et aux espoirs nés dans l'horreur des tranchées de 14-18. Les années 20 et 30 sont une période de transition et de destructions créatrices. Mais c'est véritablement au sortir de la Seconde Guerre Mondiale que Denis de Rougemont rejettera le mythe fondateur de l'Etat-Nation. En 1968, dans Vers une fédération des régions, il écrira que si « l'on veut unir l'Europe, il faut partir d'autre chose que de ses facteurs de division ». Socrate plutôt que Machiavel. De Rougemont aurait pu trahir les valeurs exposées par Julien Benda pour s'enliser dans les passions politiques. À l'orée de sa mort, il pencha néanmoins pour la naissance d'un mythe unitaire qui aujourd'hui peine à éclore : l'Europe. Un développement endogène en somme...
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# Postato martedì 11 luglio 2006 11:54

Modificato martedì 15 aprile 2008 11:29

Virus Mythologiquement Transmissibles (VMT®) -III-

Virus Mythologiquement Transmissibles (VMT®) -III-
LE PLAISIR INSTANTANE EN PORNORAMA

Platon utilisait le mythe comme une mise en scène allégorique censée transmettre de manière concrète ses rêves de probité; une initiation mythologique collective aux antipodes de L'Iliade. Le fondateur de l'Académie condamnait l'aède Homère pour ses récits trop fantaisistes et si peu respectueux des divinités. Allons bon ! Voici un Zeus aux moeurs dissolues qui se sert de sa célébrité pour aller culbuter des petites mortelles (les joueurs du PSG connaissent ça). Inacceptable pour Platon ! Rien d'étonnant lorsqu'on peut lire dans Philèbe : « Le plaisir est le mensonge personnifié. Et on a coutume de dire que, dans les grâces de l'amour - la plus éminente de toutes les voluptés - les dieux sont infiniment enclins à l'indulgence, les plaisirs étant considérés comme des enfants écervelés. »

Cette répression ancestrale de la notion de plaisir fera des émules quelques siècles plus tard chez les concepteurs du christianisme. La célèbre chute de l'essai de Julien Benda trouve ici son pendant. « Et l'histoire sourira de penser que Socrate et Jésus-Christ sont morts pour cette espèce » [une humanité soucieuse de son environnement mais au centre de gravité résolument placé au-delà des passions politiques et historiques]. L'Histoire sourit peut-être de penser que Socrate et le Christ sont morts pour ce même principe de tempérance face au plaisir comme au désir. Maurice Barrès avait bien en tête cette parenté grecque, mais il la rejetait avec vigueur. Dans son Voyage de Sparte, il écrit : « Entre le Parthénon et nous, il y a dix-neuf siècles de christianisme. J'ai dans le sang un idéal différent et même ennemi. Bien que je reconnaisse l'interprétation hellénique de la vie comme très haute et d'immense portée, elle m'est étrangère et sans résonnance. »

Tout pour le plaisir ! Dans cette grande généalogie de la morale occidentale, « impies » et croyants s'enthousiasment aujourd1hui pour une mythologie du néant. On se dit « athée », on porte une croix, on lit Dan Brown, tout en fondant une famille en fonction des canons monothéistes. Preuve que l'ésotérisme primaire, cette pensée quasi instinctive, nourrit le christianisme. Voici les deux faces d'un même masque. Comme Janus, la divinité romaine, nous gardons un visage tourné vers le passé et l'autre vers le futur : ces deux éternités, ces néants. L'Eros boit un verre avec l'Agapé pendant que Dionysos, devenu sobre au volant, ne reconnaît plus un Apollon ivre à la lecture de la presse quotidienne. Une certaine publicité et ce que je nomme le « Pornorama » (ou quand la pornographie ancestrale rencontre les médias planétaires et la violence de l'univers cathodique) font exulter les idéaux de plaisir immédiat et de bonheur financier. L'ensemble des outils de communication devient une fin et non plus un moyen, il sanctifie l'événement et la passion de l'instantané. Nos cinq sens disparaissent au profit d'un seul : la vue. Nous oublions le parfum d'une femme, sa nuque pour ne lorgner que sur son beep... Étrange pyramide de Maslow inversée, 8ème Merveille d'un monde où certains besoins physiologiques passent avant l'estime de soi. La génération MTV se réalise ainsi pleinement, logée dans les anfractuosités du Pornorama. Sur le net « Naughty America » assène son credo : « naughty is good, and that tasteful, sexual exploration can be fun and light-hearted ».

Virus Mythologiquement Transmissibles (VMT) : Nos passions éphémères transformées en guerres nationales et ethniques ; notre apathie et nos somnolences laissées au bon vouloir du cash flow.


THE AMERICAN WAY OF LIFE : MEET THE FAKE MYTHS

Une nation comme les Etats-Unis d'Amérique repose sur des fondations mythologiques et ceci depuis les Pères fondateurs. Passons l'invention du « Bien » et du « Mal » depuis Woodrow Wilson et ses 14 points jusqu'à G.W. Bush et la doctrine « War on Terror » (Wilson avait d'ailleurs pris exemple sur Napoléon Bonaparte qui chargeait son ministre de la police de remanier l'histoire de France à la guise de ses attentes impériales). Venons-en à Hollywood, qui depuis des décennies nous raconte de magnifiques histoires, des fables en réalité.

L'Exorciste, La Damnation, La colline a des yeux, Silent Hill, Le village des damnés, Amityville, Blair Witch Project, Fog. Nous voyageons chaque année au coeur d'une Amérique qui a remplacé le mythe, ce récit sacré, par la fable, ce récit moraliste. Toutes ces oeuvres, tantôt éphémères, tantôt éternelles, nous enseignent les sorcières de Salem, les massacres d'Indiens jusqu'aux conséquences des essais atomiques sur le sol américain. Nous sortons des salles obscures, les commentaires nous manquent, la réflexion s'est égarée au gré d'un montage violent et d'une morale indigeste. Ici réside toute la force cathartique et anesthésiante d'une partie du cinéma américain. Quel gâchis pourtant. Avec des programmes comme Les Experts (CSI), Nip/Tuck, Lost ou le sublime téléfilm Angels in America, le petit écran n'est pas en reste de réflexion dénuée de toute morale, ou presque. Gil Grissom reste une référence à mes yeux. Mais tout de même, nous passionner pour la police scientifique ou pour deux chirurgiens plasticiens, quel tour de force !

L'Amérique n'a pas besoin du concept de développement endogène. Sa culture ne fait pas que s'exporter, elle s'implante, s'enracine dans les pays où sont diffusées ces oeuvres. Hollywood ou encore la culture des Comics ainsi que le reste du rouleau compresseur culturel américain ont su tirer parti de la fable et du mythe qui « intervient lorsqu'un rite, une cérémonie ou une règle sociale ou morale demandent une justification ». Les nombreuses cultures d'Amérique du Nord se lissent au profit de la Vox Hollywood. Si le cinéma français osait le quart de ce que l'on peut décrypter dans le navrant Fog, on crierait au scandale hexagonal.

Imaginez donc la dose de mauvaise conscience qu'il faudrait pour accoucher du scénario suivant : Aux derniers souffles du XVIIIe siècle, certains colons français implantés à Port-au-Prince, des Petits Blancs comme on les appelait, massacrent des mulâtres en ce 21 novembre 1791. Lorsque tout à coup, à Nantes, en 2006, les fantômes des mulâtres mutilés et castrés envahissent la ville portuaire. Imaginez encore les fantômes des chiens bouledogues du Général Rochambeau qui, sous le règne de Napoléon Bonaparte, étaient dressés pour manger la chair des Noirs. Voici qu'aujourd'hui ces pauvres clébards réincarnés en Cerbères façonnés à l'image de leurs maîtres sanguinaires déferlent par milliers et recouvrent d'une puanteur blanchâtre l'aéroport guyanais Rochambeau avant d'atteindre Paris en quelques coups de museaux. Et le scénario inverse est possible avec, en 1805, l'Empereur autoproclamé Dessalines qui ordonne le massacre de tous les Blanc d'Haïti. Ainsi de suite.

Le cinéma européen ne peut produire ce type de films. En revanche la littérature et le théâtre nous sauvent d'un encéphalogramme apathique. Lisez Heiner Muller et sa formidable pièce La Mission (merci Judo). Avalez Nour, 1947 de l'écrivain malgache Raharimanana (merci Gégé), tout y est. L'Amérique est un colosse qui ne se nourrit que du lait de la légende ainsi que l'écrit l'indéfinissable Dany Laferrière.

God Bless You

# Postato martedì 11 luglio 2006 11:26

Modificato giovedì 09 agosto 2007 06:19

Virus Mythologiquement Transmissibles (VMT®) -IV-

Virus Mythologiquement Transmissibles (VMT®) -IV-
ORIGENE AUX OUBLIETTES

Revenons donc aux mythes. Peut-on seulement nommer nos fantaisies modernes mythes ? Le mythe est un cadre, une structure close que l'on se doit pourtant de renouveler à coup d'amnésies et d'anamnèses pour en éviter la ritualisation bête et méchante. Selon Hans Blumenberg, la démythification par la science est un leurre. La science a besoin des mythes pour aborder le pourquoi et non seulement le comment. Seule la philosophie, cette entreprise de démystification, pouvait jadis lutter contre une pensée devenue immédiate et inconsistante. La religion a quant à elle besoin d'intégrer le mythe. Pour l'Eglise Primitive chrétienne, le système mis en place par l'immense Origène (185-254 ap. J.C) demeure.
Le théologien issu de l'Ecole d'Alexandrie fit la synthèse entre mythes et récits bibliques. Bien qu'impliqué dans la quête des preuves de la vie de Jésus, l'historicité de son existence, Origène considéra avant tout le sens profond du Message. Puisque la vie de Jésus n'était pas celle du christianisme et parce que la religion chrétienne n'était pas celle du Christ historique, Origène usa de l'exégèse allégorique. Cette interprétation des Ecritures distinguait trois niveaux de lecture : littéral ou historique, moral, spirituel ou allégorique. Voyez donc à quel point la quête antique d'un Origène est tellement plus riche et complexe que les systèmes de pensée colportés depuis des années par un Dan Brown ou par ses farouches opposants...Janus.

Origène serait dans l'incapacité de saisir les subtilités du combat qui oppose aujourd'hui les fanatiques de Rennes-le-Château à l'Eglise primitive et hermétique. Illustration. Le vendredi 27 avril dernier, Monseigneur Angelo Amato, secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, appelait les fidèles à boycotter le film Da Vinci Code. Amato se permettait donc d'invoquer la raison des Chrétiens qui face à une telle fiction « devraient être plus sensibles au rejet du mensonge et de la diffamation gratuite ». Et Mgr Amato de déplorer en parallèle « l'extrême pauvreté culturelle de nombreux fidèles chrétiens », terreau selon lui du succès remporté par une telle oeuvre. Et monseigneur est dans le vrai. Mais pour une religion qui a coutume d'évangéliser en pariant sur la misère sociale, sur la précarité de ses cibles et en niant des cultures bien antérieures aux monothéismes, la remarque devient caustique. Ainsi l'Eglise rejette le débat qu'elle aurait pu aisément mener en suivant les enseignements d'un Origène. Au lieu de cela, alors même que les légendes mises au goût du jour par Dan Brown ne sont que les instruments d'une basse besogne commerciale, l'archaïsme chrétien se trouve sans voix.


LA THEORIE TRANSFORME LA REALITE QU'ELLE DECRIT

Après Qumran et Nag-Hammadi, voici venu Nymia ! Tremblons donc ensemble. Le codex de 66 feuilles de papyrus qui contient l'Evangile de Judas, découvert il y a 30 ans en Egypte, prend le relais dans les médias et « sort du purgatoire » (Libération du 7 avril 2006). Restauration du papyrus copte oblige, revoilà Rennes-le-Château et consorts. Da Vinci Code débarque simultanément au cinéma. Le 7 avril toujours, Michael Baigent et Richard Leigh, co-auteurs de Message, perdent leur combat juridique face à la sulfateuse Brown. L'éditeur du Da Vinci Code, Random House, gagne donc le procès que lui avaient intenté les deux historiens en accusant l'auteur d'avoir pillé leurs ouvrages Le Saint Sang et Le Saint Graal. Une fois de plus, la victoire d'un homme d'affaires. Le concept est clair, la déclinaison commerciale brillante et le débat avec Dany the Dog inexistant. Nous avons un mot pour cette pratique : charlatanisme. Les Evangiles apocryphes sont un choix des Pères Fondateurs de l'Eglise. Le christianisme n'est pas à un déni près. Les idolâtries autour du Gospel of Judas ne sont qu'une preuve supplémentaire de l'extrême pauvreté de nos débats médiatiques. L'essentiel restera minutieusement proscris.

À la lecture confortable de toute cette littérature ésotérique et policière, au fil des tribulations des fantaisies de George Lucas (ce géant du cinéma influencé par le mythologue Joseph Campbell, auteur de l'ouvrage Les héros sont éternels), nous avons cessé toute pensée dirigée et méthodique pour succomber aux sirènes de la pensée par ouï-dire. Nous sommes bercés par des mythes devenus fables. La peste émotionnelle digère chaque jour les efforts intellectuels de millions d'humains. Le spectacle est permanent, les jeux du cirque nous accaparent ! Seul le Héros Eternel campbellien trouve sa place dans nos bibliothèques. Pour C.G Jung, le secret du développement d'une culture réside dans la « mobilité de l'énergie psychique et son aptitude à se déplacer ». Les Etats-Unis d'Amérique continuent de se mouvoir, peu importe que la voie soit jonchée de cadavres. Le solipsisme guette parfois l'Europe. L'Unité africaine mutilée, végète. Nous arpentons nos Jardins de Lumières où se côtoient paradis artificiels et bazars mémoriels, alors que les fondations mêmes sont rongées par l'ennui, la culpabilité et le déni.
La paix perpétuelle kantienne aurait pu accoucher du rêve panafricain de Kwame N'Krumah. La sagesse d'Hampata Bâ aurait pu permettre à l'Europe de sortir de son prisme d'historicité. Au lieu de cela, les Etats-Unis d'Amérique usent leurs mythes jusqu'à la moelle et l'Union Africaine reste un concept. Quelle théorie nauséabonde, nationaliste ou attachée à une couleur de peau, à un taux de mélanine, transforma encore demain nos réalités ? Du Cachemire à la République Démocratique du Congo (4+1=0), du Kosovo en passant par la France, les illusions nationalistes se sont mutées en mythes, devenus bras armés d'un Le Pen, du redoutable Philippe de Villiers et de son poujadiste de Secrétaire général Guillaume Peltier.

Nos sirènes mythiques résonnent à l'unisson du Grand Glas. L'encéphalogramme plat retenti telle une Bombe H, explose nos vitrines, dispersant par millions ces lames que sont les Virus Mythologiquement Transmissibles et qui égorgent nos littératures, font éclater les cervelles de nos philosophes. Que La Pensée repose en paix ! Ainsi erre la globalisation, sans mémoire, décapitée, saignant à fond de cale dans l'un des bâtiments les plus effroyable : SANTA IGNORANCE. Trop attachés au culte du quotidien et à l'invention de nos fantaisies, nous favorisons chaque jour la venue de notre propre disparition en ignorant notre environnement, cette unité, notre totalité.


« LES NATIONALISMES CONTEMPORAINS REMPLACENT L'HISTOIRE PAR LE MYTHE OU PAR L'INVENTION. » -Eric Hobsbawm-

« Dans le ciel qui prend le plus de sa lumière
je fus, et vis des choses que ne sait ni ne peut
redire qui descend de là-haut ;
car en s'approchant de son désir
notre intellect va si profond
que la mémoire ne peut l'y suivre »
Divina Commedia - Paradis- Dante


PS : Monsieur Finkielkraut, nous ne sommes pas la risée de toute l'Europe parce que beaucoup de joueurs de l'Equipe de France sont Noirs. Et puis arrêtez avec ce terme, ça ne signifie rien et on ne peut débattre. Revenez plutôt à vos invectives sur les Antillais, ces assistés selon vous. Là nous pourrons aisément vous contredire. Vos paroles sont parfois aussi étonnantes et désastreuses qu'un coup de tête de Zizou, l'éternel héros, Le Champion mythique.


BIBLIOGRAPHIE sélective :


- Michel Abitbol : « Le passé d'une discorde »
- Cheikh Anta Diop : « Nations nègres et culture »
- Julien Benda : « La trahison des clercs »
- Hans Blumenberg : « La raison du mythe »
- Fernand Braudel : « La Méditerranée »
- Roger Caillois : « L'homme et le sacré »
- Gilles Deleuze : « Nietzsche et la philosophie »
- Mircea Eliade : « Les aspects du mythe »
- Raoul Girardet : « Mythes et mythologies politiques »
- Joseph Ki-Zerbo : « A quand l'Afrique ? »
- Dany Laferrière : « Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ? »
- Gustave Le Bon : « Psychologie des foules »
- Elise Marientras : « Les Mythes fondateurs de la nation américaine »
- Louis Pauwels et Jacques Bergier : « Le matin des magiciens »


Pour CERTAINS elle se nomme BEATRICE, pour d'autres SHEHERAZADE.
MeRcI ma GABRIELLE

Nt1bel

# Postato martedì 11 luglio 2006 11:03

Modificato martedì 22 maggio 2007 10:02

LA CRISE MYTHIQUE -I- : Foire aux Mythes - Décembre 2005

Il a tout dit ! Insensé. Aimé Césaire se retire paisiblement. Françoise Vergès nous l'apprend en publiant un livre d'entretiens : « Nègre je suis, nègre je resterai ». Césaire se dévoile tel un Zarathoustra, sans ressentiment ni mélancolie mais toujours avec cette chaleur humaine envers les Martiniquais qu'il croise au hasard de ses promenades, au détour de ses pensées. Malgré « Cahier d'un retour au pays natal » ou « Discours sur le colonialisme », malgré Fanon ou Chamoiseau, je ne sais rien de Papa Césaire. C'est la raison pour laquelle il influence ces quelques lignes qui font en quelque sorte écho à l'article « L'Empire n'a jamais pris fin ».
Quant à la vidéo satirique sur Terminator et le Christ, elle fait écho à ces mythes chrétiens qui ont fait de Dan Brown et de sa femme des Crésus.



LORSQUE LES FANTASMES DEVIENNENT MYTHES

La France restera en ébullition ! Code Rouge, niveau 5 du Plan Vigidentité. Le « métis fondamental » n'est pas près d'être accepté par ce pays, pas plus d'ailleurs que le « Nègre fondamental ». L'Hexagone rejette le principe d'acculturation et préfère rester dans ses fantasmes orientalistes, dans sa méconnaissance de l'Afrique ou de l'Asie. L'Islam n'est plus percue que comme une religion de désespérés. Selon Albert Memmi, auteur de « Portrait du colonisé », dans le cadre d'une affirmation de soi, un retour aux coutumes et aux héritages culturels est indispensable. Voilà une étrange Odyssée, un chemin de croix teinté d' « identités meurtrières » , particulièrement dans une contrée qui ne cessera, consciemment ou non, de penser Intégration plutôt qu'Acculturation, Assimilation plutôt qu'Intégration.

À un tel carrefour identitaire, il est intéressant d'invoquer les Archétypes. Littéralement ce mot signifie « modèle primitif ». Selon le psychologue Carl Gustav Jung, les archétypes représenteraient tout un ensemble d'images ataviques appartenant au patrimoine de l'humanité, cette matrice que le grand spécialiste moderne de l'interprétation des rêves nommait « Inconscient collectif ». Ces archétypes sont présents dans les mythologies, les légendes, et jusque dans nos rêves. Là encore, il faut manier l'oniromancie, la discipline d'interprétations des rêves, avec des pincettes. L'inconscient collectif jungien est un concept clairement occidental, un "inconscient racial" en quelque sorte.

Face à ces mythologies, il y a par exemple les relations que l'ethnologue Michel Perrin a entretenues avec les Guajiro, cette communauté amérindienne d'environ cent mille âmes qui vit en partie dans une péninsule semi-désertique partagée entre le Venezuela et la Colombie. Pour les Guajiro, être chamane, c'est pouvoir communiquer à volonté avec le « monde-autre », ce territoire invisible peuplé de dieux, d'esprits, et d'ancêtres de toutes sortes. Un futur chamane doit pouvoir être une passerelle entre le « monde-ci » et l' « outre-monde ». Il doit devenir en quelque sorte ce que le Zarathoustra nietzschéen annonçait : Un nouvel être.
Dans ce cas, si les rêves et la culture des Guajiro sont les fils d'un inconscient collectif universel, si les Incas ou les Ibos font effectivement partie intégrante d'un splendide patrimoine mondial, où diable sont-ils passés ? En Europe, à quelle parcelle inconsciente appartient l'Afrique ? Précisément à des fantasmes primaires que l'on attribue depuis des siècles à de véritables archétypes. Autrement dit, à des concepts récents et parfaitement ségrégationnistes dont nous renvoyons la parenté aux Calendes grecques. Et malheureusement, cette entreprise rencontre un franc succès aux quatre coins du globe.

Difficile d'évoquer certains mythes ainsi que les mystificateurs qui les font éclore en passant sous silence les œuvres de Philip K. Dick, d'Umberto Eco, ou dans une démarche plus académique, celles de Claude Lévi-Strauss ou de Roland Barthes. Et pour ce dernier, aucune chance de passer à côté de son ouvrage « Mythologies ». L'analyse de Barthes est une charge contre la bourgeoisie, mais pas uniquement :
« La fin même des mythes, c'est d'immobiliser le monde : il faut que les mythes suggèrent et miment une économie universelle qui a fixé une fois pour toute une hiérarchie des possessions. Ainsi, chaque jour et partout, l'homme est arrêté par les mythes, renvoyé par eux à ce prototype immobile qui vit à sa place, l'étouffe à la façon d'un immense parasite interne et trace à son activité les limites étroites où il lui est permis de souffrir sans bouger le monde : la pseudo-physis bourgeoise est pleinement une interdiction à l'homme de s'inventer. »
Pour les héritiers d'une histoire piétinée par des siècles de colonisation et de « déculturation », pour ceux qui se cherchent dans la Créolité, ou dans le souffle des chamanes de tout continent, il est difficile de lutter face à des phénomènes d'aliénation de masse. Les fantasmes instaurés par une Europe ethnocentrique, puis sanctifiés et psalmodiés à des millions de spectateurs par la formidable machine américaine, interdisent à des millions d'hommes de s'inventer et de faire l'inventaire de leur réel.
Ces inconscients collectifs et ces mythes sont également d'une rare virulence à l'encontre des communautés juives. « Le juif errant » n'est toujours pas arrivé à bon port, cycle Durban oblige. Selon Albert Londres, Jean-Paul Sartre ou encore Albert Memmi, c'est l'antisémite qui crée la figure du « Juif imaginaire » ou encore le raciste qui érige en muraille le complexe d'infériorité des Noirs. Trop rationnel, trop dialectiquement correct selon Frantz Fanon. Une chose est sûre, le grand bazar des mythes trouve son aboutissement dans l'ignorance et dans le rejet de toute forme de culture.

Voilà deux ans Jean Bernabé, linguiste, romancier et co-auteur de « Éloge de la Créolité » rendait hommage à Aimé Césaire qui fêtait alors ses 90 ans. Cet extrait du discours de Bernabé vient appuyer cette vision d'une dictature des mythes :
« Une vision fixiste de l'univers colonise nos représentations, hypothèque notre rapport à l'idée même de civilisation et actionne nos comportements (...)
La négritude n'est pas dépassée. Elle sera à l'ordre du jour tant qu'il y aura des Nègres. Et il y aura des nègres tant qu'il y aura des êtres méprisés, rabaissés, ravalés, exclus d'eux-mêmes et de leur authenticité (...)Et ce qu'il nous faut, ce n'est pas la culture du métissage mais bien le métissage des cultures »
Pour le moment, négritude ou blanchitude ne sont transcendées par aucune autre logique d'ouverture, si ce n'est par la Créolité, encore peu fédératrice. Les archétypes empoisonnent l'ensemble des sociétés humaines. Ils ont la vie éternelle du côté du Véritable Barbare, celui qui est à l'aise sous l'égide de sa Nation et qui croit à la barbarie (Claude Lévi-Strauss : « Race et histoire »).

A SUIVRE...

# Postato venerdì 02 dicembre 2005 07:17

Modificato venerdì 23 febbraio 2007 06:13