Cheikh Anta Diop
La balance décompte : le Courant Atlantique Nord ralentit ou disparaît, les forêts pluviales d'Amazonie sont rayées de la carte, une explosion en sous-sol libère des hydrates de gaz en masse (scénario éprouvé il y a 55 millions d'années). 3 éventualités, 3 symptômes d'un possible changement climatique. Pour ce qui est des deux premiers, nous en serions responsables.
Bob Woodward, éternel pourfendeur de Nixon aux côtés de Carl Bernstein, dénomme ce système State of Denial. C'est avec le Diable au corps que certains Think Tanks influencent, depuis les fonts (d'investissements) baptismaux, pléthore de décideurs politiques. Le gouvernement fédéral des Etats-Unis d'Amérique (et ses alliés) veulent la paix et préparent donc de nouvelles guerres. La République populaire de Chine prend d'assaut l'Afrique et lance tout azimut des partenariats économiques. L'Afrique fait figure de continent impuissant face aux bouleversements climatiques. Ce n'est ni le problème des Etats-Unis, ni celui de la Chine. Avec le Soudan ou le Tchad, Pékin fait la nique à Washington. N'oublions pas le fantastique Pygmalion « Grand Moyen-Orient » idéologique américaine qui regorge de carburants fossiles.
La ruée vers l'Or noir, blanc ou blanc oblige Gaïa à cracher. Le dieu pétrole s'essouffle, le Roi charbon a la côte. King Coal est « partout, alors qu'une part croissante du pétrole et du gaz est produite dans des régions politiquement instables » (Jean-Michel Bezat, Le Monde). Le charbon ou la fin de la dépendance énergétique pour l'Europe ? Moins coûteux, abondant, tout va pour le mieux. Quant aux petits inconvénients écologiques, lisez donc cet écueil vu sur le site de Total. On en oublierait presque que mister Coal fournit une énergie fossile.
Plongeons à présent au c½ur d'organisations qui oeuvrent pour que disparaissent toute référence à un quelconque risque planétaire. Définies comme étant des « global warming sceptics », elles luttent notamment contre le Protocole de Kyoto et Clean Air Act. Certains défenseurs de l'environnement les regroupent sous le patronyme de Carbon Club. Encore une fois, pas de manichéisme, ces organisations ne sont pas l'incarnation du Diable. En Australie, The Lavoisier Group est un exemple emblématique. Lisez donc cet article du journal australien The Age. Citons également pêle-mêle :
National Mining Association
Edison Electric Institute
Frontiers of Freedom
Texaco British Petroleum
American Petroleum Institute
Sans des Think Tanks et autres lobbies (réunissant notamment les entrepreneurs les plus importants du globe) acquis à la cause de l'urgence en matière de réchauffement climatique, les rouages de l'action resteront rouillés. Imaginez que feu la Fondation Saint-Simon réunissait jadis des personnages tels François Furet, Alain Minc, Pierre Rosanvallon, Luc Ferry, Françoise Giroud Jacques Rigaud, Antoine Riboud, Christian Blanc, Jean-Luc Lagardère, Jean Daniel, Jacques Julliard, Laurent Joffrin, Jean Boissonat, Jean-Pierre Elkabbach ou Michèle Cotta. L'influence est immense. Et en fonction de leurs aspirations, ces groupes peuvent se servir de la puissante raison du Mythe en s'adressant, à bon escient, à nos émotions. Les mythes sont des outils pour notre Planète (avec le Comité de veille écologique autour de Nicolas Hulot par exemple) ou des armes tournées contre elle.
CONSOMME-MOI, EROS CONSUMME NOUS
Gilles Deleuze & Félix Guattari L'Anti-Oedipe
Le Bonheur vécu au sein des sociétés de consommation est paradoxal car incomplet. Pour le sociologue Gilles Lipovetsky, notre siècle marque l'avènement de l'hyperconsommation. Une terre brûlée où les modes de vie et les goûts de l'hyperconsommateur « dépendent du système marchand ». Ces modes de vie sous influence de mythes commerciaux déterminent en partie les risques d'un bouleversement du climat.
La publicité se sert habilement de la vague de l'Eros qui a chamboulé l'Occident au XXe siècle. La conception de l'amour est devenue un talon d'Achille pour l'humanité et pour la Nature. Voitures et parfums stigmatisent en publicité tous les clichés. Actuellement, sur les écrans de cinéma, les propagandes commerciales pour Air France, Kenzo ou Orange traduisent bien ces faux-semblant teintés de mysticisme au rabais : écoeurant! La presse magazine ne cesse de multiplier les suppléments « Sexe » et les récits de lolitas à la sensualité précoce. Le magazine français Isa voit l'année 2007 comme une « année du Moi ». L'enseigne Virgin Megastore illustre son éphémère slogan « La culture du plaisir » en nous montrant une femme nue...Edifiant. Il y a bien le mot « cul » dans culture, mais où est le rapport ? L'Ero-tisme, l'auto-érotisme. Et un désintérêt pour la Nature évident.
L'Amour est devenu selon D.H Lawrence un processus dont « nous avons fait un but ». Pour Denis de Rougemont, la naissance de l'Erotisme a été véhiculée par ces mythes, ces personnages de fiction, ces opéras grandiloquents, ces Hamlet, Roméo, Juliette, Dom Juan, Tristan et Yseut...Les immenses écrivains contemporains que sont Henry Miller, JD Salinger, Dany Laferrière, Vladimir Nabokov, Georges Bataille, Michel Houellebecq, Hubert Selby Jr, ainsi que ces anthologies d'hier : Ovide, Sade, Omar Khayyam... Autant de vecteurs de l'Eros.
Dorénavant, l'équation est la suivante : L'amour a été complètement remis en question dans les premières années du XXe siècle. L'érotisme est à l'½uvre dans toutes nos productions de machines désirantes. Dans la musique que nous sommes nombreux à écouter, ces hymnes chantés par Kelis, Justin Timberlake, Marvin Gaye, les Beatles, Michael Jackson, , Beyonce, Aphrodite's Child, Led Zeppelin...; L'Eros et le pathétique sont partout. Ma posture n'est pas un puritanisme. L'érotisme est entré en collision avec le christianisme voilà des siècles. D'ailleurs, ce n'était pas un affrontement du temps de Salomon et du poétique Cantique des Cantiques biblique : « Voici, tu es beau, mon bien-aimé ; oui, tu es agréable ! Oui, notre lit est verdoyant. ». Puritains et pornographes ont su acquérir une place de choix, créer des besoins devenus indispensables. Les fils de la Gnose comme ceux du Vatican font partie de notre monde et la question n'est pas de les détruire, mais bien de comprendre les mythes qui nourrissent leur communication. Car nos désirs libérés détruisent cette planète...
La question de la pornographie est posée. Ce n'est pas la sexualité qui inonde nos sociétés mais l'érotisme : le désir à tout prix. Les cultures portent en elles l'érotisme comme la nuée porte l'orage. Nous n'avons pas le temps ici de prolonger le chapitre « Pour une mythanalyse de la culture ». rédigé par de Rougemont dans Les mythes de l'amour. À chacun de comprendre combien notre ignorance mythologique exacerbe les émotions, accroît le voyeurisme, la possession ; détruisant la Grande barrière de corail, le damier de Taylor (Euphydryas editha), l'escargot Tiphoboia horei. Et avec la biodiversité, nos passions désirantes emportent également la Femme...


