AGAPE & EROS : DEUX VISAGES, UNE MEME HAINE DE LA NATURE
Le bonheur vécu au sein des sociétés de consommation est paradoxal car incomplet. Pour le sociologue Gilles Lipovetsky, notre siècle marque l'avènement de l'
hyperconsommation. Une terre brûlée où les modes de vie et les goûts de l'hyperconsommateur « dépendent du système marchand ». Ces modes de vie sous influence d'une propagande commerciale permanente déterminent en partie les risques d'un bouleversement du climat.
La publicité se sert habilement de la vague de l'
Eros qui a chamboulé l'Occident au XXe siècle. Voitures et parfums stigmatisent en publicité tous les clichés. La presse magazine ne cesse de multiplier les suppléments « Sexe » et les récits de lolitas à la sensualité précoce. Le magazine français
Isa voyait l'année 2007 comme une «
année du Moi ». L'enseigne
Virgin Megastore illustre son éphémère slogan « La culture du plaisir » en nous montrant une femme nue.
L'Ero-tisme, l'auto-érotisme. Et un désintérêt pour la Nature évident.
L'Amour est devenu selon D.H Lawrence un processus dont « nous avons fait un but ».
Dorénavant, l'équation est la suivante :
L'amour a été complètement remis en question dans les premières années du XXe siècle. L'érotisme est à l'½uvre dans toutes nos productions de machines désirantes. L'
Eros et le pathétique sont partout. Ce n'est pas la sexualité qui inonde nos sociétés mais l'exposition à outrance de l'érotisme :
le désir à tout prix. Les cultures portent en elles l'érotisme comme
la nuée porte l'orage. DENI DE LA FEMME, RENIEMENT DE LA TERRE La
domination masculine de Pierre Bourdieu reprend l'idée que les femmes demeurent des « instruments symboliques », et ce depuis que l'inceste est devenu le Tabou fondateur de nos civilisations. Tout a été fait pour oublier que jadis le matriarcat fût. Il existerait d'ailleurs un corrélat entre la notion de sacrifice et le passage du matriarcat au patriarcat. Imaginez donc tous ces attributs qui recouvrent aujourd'hui la condition masculine et la servitude féminine :
- La virilité comme démarcation de la mère, puis comme déni de la femme. Ou comme l'écrivait Bourdieu, « Qu'est-ce qu'en définitive la virilité sinon une non-féminité ? »
- La femme comme capital symbolique
- Le corps de la femme comme matrice, « limite de l'expérience universelle du corps »
- Le vagin comme fétiche (y compris avec le culte de l'orgasme féminin)
- L'acte sexuel comme domination, le Phallus comme Totem
- La masculinité comme noblesse
- La féminité comme « complaisance à l'égard des hommes »Et la liste est loin d'être exhaustive. Il en va ainsi du patriarcat, de cette
mythologie élaborée autour de la fécondité agraire, de la métallurgie et du travail et du sacrifice.
La « sexualisation » de notre environnement transforme la Terre en utérus malléable et aboutirait selon Mircea Eliade à l'axiome suivant : « La création est un sacrifice »
La Terre ne cesse d'être sacrifiée, labourée, brûlée, mise en jachère.
Au mythe d'une Terre servile répond celui de l'abolition des douleurs, la référence absolue des
hyperconsommateurs. D'une main nous vénérons le travail, de l'autre nous tentons de sublimer les souffrances physiques ou psychiques. Un transfert semble s'effectué : notre illusion d'immortalité aurait-elle migré vers la
Planète Bleue , supplantée par le furieux syllogisme :
Si je ne souffre pas, je suis immortel. Puisque je suis immortel, la planète que j'habite l'est aussi. IMMORTALITE DU CORPS, NEANT DE L'AMELe corps de la femme n'est plus le seul à revêtir une dimension monétaire. Nos carcasses sont toutes de véritables produits et «
l'artifice médical, l'artifice psychiatrique, l'artifice esthétique valent l'assurance contre l'échec qui restituerait au corps sa part de réel, d'aléa, de risque » ainsi que l'analyse Hervé Juvin dans son essai
L'avènement du corps .
Quel rapport nous direz-vous entre cet avènement du corps comme révolution temporelle et notre Terre ? Le
déni de réalité, le narcissisme poussé à son paroxysme. Nous avons quasiment supprimé, au sein des sociétés postindustrielles, une souffrance physique qui constituait jadis le tribut à payer pour cultiver les terres. Aujourd'hui, nos petites morts quotidiennes doivent être
pensées et
pansées dans la minute. Tout processus doit pourtant comporter une genèse, un développement, une stagnation, une chute et une fin.
Si nous n'avons pas le luxe de regretter les mythes primordiaux,
l'absence de rites significatifs, notamment en milieu urbain (le zoo humain), nous laisse sans repères. Nous pensions Gaïa immortelle, inépuisable. Elle nous le rend bien.
ETRE OU AVOIRLa philosophie de l'Histoire est d'inspiration chrétienne. Avec elle, le culte du Progrès a vu le jour dans les limbes pontificaux. Aujourd'hui, nous voilà otages de l'instantanée conception : le présent. Le
Métrosexuel nie la terre nourricière et les saisons. Il nie ou a tout oublié. Le psychologue social Serge Moscovici définit nos sociétés comme étant
contre-nature. Voici ce que le pionnier de l'écologie déclarait au journaliste Stéphane Lavignotte en 2000 :
« La plupart des changements sociaux sont l'½uvre des minorités. De mon point de vue, le mouvement écologiste est une minorité. Pas seulement du point de vue de la quantité mais aussi du point de vue de la psychosociologie, il devrait se considérer comme une minorité. »L'auri sacra fames (l'avidité pour l'or) et la
chrématistique ont bâti nos habitudes de consommateurs et les fondations de nos tombeaux. Depuis la « révolution copernicienne », et malgré les 3 Critiques de Kant pour refondre une métaphysique, le culte du Progrès n'a eu de cesse de s'accroître.
Progressus, ou l'action d'avancer, mais dans quelle direction?
CONCLUSION : NOUS N'AIMONS PLUS CETTE TERRE ET ELLE NOUS LE REND BIENLe changement est un miroir aux mille facettes : consuméristes, physiques, psychiques, politiques, industrielles, religieuses, morales, éthiques, collectives et avant tout individuelles. Les solutions seront appliquées par le noyau incandescent du genre humain (L'Ego) et son champ magnétique (La Famille).Le paradoxe d'une révolution écologique est ainsi posé : nos émotions nous ont poussés vers des sommets, puis dans une impasse. Seule une foi immodérée en cette planète nous sortira du labyrinthe.
Nous voilà pourtant tout juste amoureux de nos reflets. Narcisse prenait des leurres pour la réalité. Dante, au Paradis (Chant III), imagine la réalité comme étant un leurre. Face au réchauffement climatique, quelle posture sera la nôtre? Nos appétits ont toujours été des préalables à la survie de l'espèce. Mais aux rouages ancestraux est venu s'ajouter l'
Agapê chrétien (Epitre de Paul : «
N'aimez pas le monde ni ce qui est dans le monde ») ou encore l'
Eros vu par les romantiques du XIXe siècle.
Sublimation de la souffrance par la souffrance (christianisme),
abolition de la souffrance par le plaisir (érotisme). Une haine de la Nature, deux visages.
Allons-nous attendre sur le Rivage des Syrtes que l'eau charrie Messie et Déluge ? Ou allons-nous suivre Montaigne et son « rien si beau et légitime de faire bien l'homme et dûment » ?
QUE TOUT CHANGE POUR QUE RIEN NE CHANGE
Nt1bel